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Ikigami – Préavis de Mort

Aborder le thème de l’exécution d’une manière générale, de façon légitime et légale, n’est jamais chose aisée. C’est pourtant le thème abordé dans Ikigami – Préavis de Mort. Sous couvert d’être un seinen accessible au plus grand nombre, Ikigami se permet de mélanger deux faits marquants de nos sociétés : la peine de mort et le contrôle de l’information qui en découle.

 

 

Ikigami – Préavis de Mort n’est pas sans rappeler Death Note par bien des aspects. Que ce soient les autorités dans l’un ou un individu indépendant dans l’autre, chacun des deux mangas esquisse la possibilité d’un monde meilleur en exerçant un important contrôle sur la population. Cet important contrôle repose sur la mort en guise que bâton, sans qu’il n’y ait pour autant de compensation. La différence notable entre les deux mangas est l’aval du gouvernement dans le cas de l’Ikigami, contrairement à un refus net de se sentir mêlé à cette violence morbide due au Death Note. Autre fait rendant douteux cette application de la peine de mort : le caractère totalement aléatoire des victimes désignées par l’Ikigami alors que celles-ci sont choisies de manière justifiée par Light et son Death Note. L’idéologie dispensée est dans un cas comme dans l’autre soumise à controverse car elle soulève le débat de la pénalisation : Jusqu’où peut aller la répression dans nos sociétés modernes sans qu’elle ne remette en cause la liberté individuelle et le droit à la vie ?

 

 

L’histoire motrice d’Ikigami – Préavis de Mort se déroule dans une société qui pourrait être la nôtre. Les faits, quant à eux, pouvant sembler irréels au début, sont potentiellement réalisables avec un peu de recul. L’auteur, Motoro Mase, a très bien compris cet état de fait et joue de ce parallèle pour nous faire réfléchir sur ce que nous aurions bien pu faire face à ce gouvernement, qui ne culpabilise aucunement de tuer un enfant sur mille pour « le bien de la nation », sans que quiconque ne sache préalablement qui sera les destinés à la mort. Chaque enfant en âge de rentrer à l’école reçoit donc le « vaccin de prospérité nationale », dont une seringue sur un millier déclenche la mort du receveur à un moment donné entre 18 et 24 ans. 24 heures avant le moment fatidique, la personne désignée par la fatalité, reçoit l’Ikigami (le préavis de mort) en main propre de la part d’un employé du ministère. Concernant ce système en place, deux choix simples et manichéens se font face : se rebeller ou accepter l’état actuel des choses. La réponse semble être dictée à l’avance car tout contrevenant à la loi se fait étiqueter de « dégénéré ». L’auteur aspire aussi à nous faire réfléchir sur nos réactions si l’Ikigami nous était destiné : se venger, profiter des derniers plaisirs de la vie, faire ce que bon nous semble, voir une dernière fois ses proches, provoquer un attentat, etc. Toutes les solutions sont donc envisageables, des plus nobles aux plus dangereuses. Le plus grand atout du manga réside donc plus dans son idée originale que dans son don pour la subtilité. En effet, même si l’auteur nous pose des questions, il y répond à notre place sans état d’âme. Ce n’est pas un hasard si le personnage principal est au centre de ce système, et donc le plus apte à le comprendre, mais n’adhère pas aux principes du gouvernement pour lequel il travaille chaque jour. Qui de mieux pour critiquer le système qu’une personne y faisant face chaque jour personnellement ?

Comme dit plus haut, deux points de vue s’opposent, à fort sous-entendus politiques. Le premier approuve le gouvernement et s’appuie sur ces « désignations pour l’exemple » pour faire valoir aux yeux du peuple la véritable valeur de la vie dans le but de leur faire respecter la leur comme celle des autres. Suivant ce mode de pensée, chacun doit profiter des moments qui leur sont donnés comme s’ils étaient les derniers. Le second réfute l’idée même que l’on puisse conduire droit à la mort des hommes et femmes dans la fleur de l’âge. Ce point de vue dénonce le pouvoir insensé et sans limite du gouvernement, qui considère ici son peuple comme un échantillon de cobayes à large échelle, pour le prétendu bien de l’Etat. Mais comment construire sereinement sa vie lorsqu’on se sait sur la sellette ? Comment s’imaginer un avenir quand on doute soi-même d’en avoir un ? Le pire n’est-il pas d’ignorer jusqu’au dernier moment lequel d’entre nous sera condamné ?

 

 

Chacune des victimes de cette loi, mises en avant à chaque chapitre, forme le large panel de réactions, prévisibles ou non, conséquentes à cette épée de Damoclès. Les femmes se bornent à n’avoir d’enfants qu’après 25 ans, par crainte de ne plus pouvoir s’en occuper à cause de l’Ikigami. Les garçons préfèrent les relations frivoles. Les entreprises préfèrent recruter des trentenaires pour ne pas risquer de perdre un de leurs employés. Chaque acte ne se fait pas sans réflexion : tout est prémédité par peur du jour où le glas sonnera. Il y a d’un côté ceux qui y pensent chaque jour de leur vie, qui tremblent en attendant l’Ikigami et il y a ceux qui l’oublient, sciemment ou non. Si le pays qui utilise ici ce système de sauvegarde de la prospérité nationale n’est officiellement pas une dictature, il y ressemble pourtant sur bien des points. Désigner à la mort des individus sans autre motif qu’un critère aussi aléatoire et imprévisible que celui liant des meurtres organisés par l’Etat et une conséquence positive sur le bien-être et la prospérité de la nation. Impossible de donner une définition précise de la dictature au sens propre du terme tant celles-ci sont adaptables à moult situations. Prenons les critères adaptés au contexte du développement de l’Ikigami que sont le régime autoritaire maintenu par le biais de la violence et le régime totalement arbitraire incompatible avec le principe d’égalité devant la loi. On voit donc qu’usant de violence sans réel fondement et de façon hasardeuse, le pays investigateur de ce procédé ne semble pas franchement répondre aux critères d’une démocratie.

 

 

Suivant le même ordre d’idées, les informations distillées au grand public sont minutieusement contrôlées et soumises à la censure pour peu qu’elles aillent à l’encontre de la volonté du gouvernement. Informations distillées au compte-gouttes donc, voire même modifiées à loisir. Dans l’optique de convaincre les habitants des bienfaits de la loi, le gouvernement n’hésite pas à utiliser l’effet placebo en retouchant selon leur gré des chiffres statistiques attestant de leur bonne foi. Des groupuscules s’organisent, des réseaux pirates se forment et la révolte de l’ombre se fait de plus en plus puissante. Toute personne adhérant à ces principes déviants étant considérée comme dégénérée, il est important de ne pas dévoiler au grand jour ses attentions. En effet, le gouvernement possède des instruments de contrôle sur ses administrés, instruments perfides et omniprésents. C’est le cas de la Police Spéciale, chargée d’espionner les dires et les actes de chaque individu. Omniprésente donc, mais aussi perfide puisque les agents de la Police Spéciale agissent sous de fausses identités, désireux de se mêler en toute discrétion aux habitants du pays, pour mieux acquérir leur confiance et leur faire avouer ce qu’ils pensent tout bas. Ces « éléments dégénérés » peuvent être trouvés via la police spéciale mais aussi par de la simple délation venue de personnes souvent dans l’entourage proche de l’être mouchardé…

 

 

Dégénération

Considéré comme ambigu du fait de la position de l’auteur et parfois comparé à Battle Royale, Ikigami – Préavis de Mort pose des limites pour la simple bienséance et pour toucher un large public. Nous pouvons cependant espérer qu’une révolte sensée et unie sera là pour recadrer les actes jusqu’à présent perpétrés. A moins que les statistiques ne prouvent que ce système mis en place soit vraiment utile et mérite au contraire d’être amplifié…

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