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One-Punch Man : Un succès prévisible

L’humour a toujours fait partie de l’histoire du manga. Il peut être utilisé pour alléger un contexte (comme dans D. Gray-Man de Hoshino Katsura où la noirceur est omniprésente), faire partie intégrante de l’œuvre (comme se plaisait régulièrement à le faire Osamu Tezuka) ou encore apparaître en fin de volume sous forme de Yonkoma, tant le ton du manga ne s’y prête pas (comme dans le seinen historique Vinland Saga de Makoto Yukimura). Enfin, il peut prendre la forme d’une parodie justement dosée : c’est le cas de One Punch-Man et nous allons déterminer pourquoi cette série a su se tailler une aussi solide réputation.

 

 

ONE et Murata : un duo efficace

 On ne sait que peu de choses sur ONE, dont One Punch-Man est le manga le plus connu. Il scénarise et dessine seul sa série depuis 2009 sur son site  et connaît un succès grandissant avec les années : avec une moyenne de 20 000 lecteurs journaliers, il ne tarde pas à dépasser la barre des 10 millions de visiteurs. Il dessine deux autres titres en parallèle : Maikai no Ossan et Mob Psycho 100. Si le trait de ONE n’est pas mauvais, il faut cependant reconnaître qu’il ne rend pas honneur au contenu plus dense qu’il n’y paraît de son récit. Il peut aussi freiner les plus exigeants en termes de dessin. La magie d’internet permettra à Yûsuke Murata de découvrir le travail de One. Emballé, il lui proposera de redessiner son seinen pour le Tonari no Young Jump. Agé de 12 ans, Murata remporta un concours lui permettant de designer les méchants de Megaman (notamment Dust Man de Megaman 4 et Crystal Man de Megaman 5). Il travailla au côté de Takeshi Obata (illustrateur de Death Note, Blue Ral Dragoon, Bakuman, Hikaru No Go et du plus récent Platinum End) en tant qu’assistant et apprenti ce qui lui permit de peaufiner son talent. C’est en 2002 qu’il rencontre le succès avec Riichiro Inagaki avec le spôkon Eyeshield 21. L’humour, l’originalité du sport mais surtout le dessin en constante amélioration de Murata auront conquis de nombreux fans. Arrivé en 2012 aux « commandes » de One-Punch Man, le mangaka se permet des libertés en développant certaines scènes, d’action principalement. Il existe ainsi trois versions papiers de One-Punch Man : celle de ONE sur son site, celle du net redessinée par Murata (plus longue) et enfin celle des formats Tankôbon (raccourcie).

Ce duo d’artistes au pilotage de  One-Punch Man ne pouvait que donner une œuvre intéressante : son scénario et son dessin superbes sont de sérieux alliés au succès. Nous allons maintenant expliquer plus en détails pourquoi ce manga est aussi fédérateur.

 

 

L’explication d’un futur succès

Bien que les origines du comics remontent au 19ème siècle en Amérique, il faudra attendre 1938 pour que le premier super-héros voit le jour dans Action Comic : Super-Man. Ses codes seront repris par beaucoup : double identité et quête identitaire, grande force morale, supers-pouvoirs, passé tragique en opposition, un méchant à l’idéologie inversée. Le super-héros est un condensé des valeurs patriotiques américaines (force, courage dans l’adversité, bonté) et fait rêver par l’idéal qu’il représente. En 1939, Batman fera son apparition dans le Detective Comics. Sa condition de « simple » humain le rend plus en proie avec les affres du quotidien, moins lisse et harmonieux mais offre aussi aux lecteurs une meilleure possibilité d’identification. D’autres « clones » verront le jour, touchant toutes les tranches d’âge : pour les adolescents, ce sera Spider-Man chez Marvel (1962, dans Amazing Fantasy). Leur popularité leur permet bien vite de franchir les portes du 7ème art : le premier film de super-héros sera Capitaine Marvel (1941) et avec les années, cette culture s’est installée partout, que ce soit dans les adaptations (séries, animées, comics, vidéoludiques) ou dans notre quotidien (tasses à l’effigie des héros, goodies, ect…). Au 21ème siècle, il est donc devenu assez peu probable pour des générations entières de ne pas connaître au moins un super-héros et les clichés qui s’y rattachent. Ce fait va permettre à One-Punch Man de s’amuser avec les règles d’un univers connu de tous, le rendant à la fois attrayant et hyper accessible même aux non-initiés du manga. Au de-là de son format et de ses propres règles (sens de lecture de gauche à droite, noir et blanc, format réduit) One-Punch Man est avant tout l’occasion de redécouvrir les super-héros sous un nouveau jour, ce qui nous amène à un autre de ses points forts.

 

 

Déconstruction du mythe des super-héros

Qu’est-ce qu’un super-héros ? Si l’on décompose, il est « super » grâce à ses pouvoirs (Superman, Spider-Man) ou sa condition physique optimale (Batman, Daredevil) et est un héros par ses actions (sauvetage, combat le mal) en plus de sa moralité. Son but est en général d’apporter la paix, que ce soit à l’échelle de son environnement proche, de sa ville, de son pays, voire du monde. Il y a aussi les anti-héros, dont le jugement est plus biaisé : on peut citer le Punisher et Deadpool, pour leurs méthodes expéditives et cruelles. A travers son manga, ONE s’est amusé à briser ces deux archétypes au travers d’un seul et unique protagoniste : Saitama, le personnage principal. Sa simple description physique porte à sourire : chauve, armé de gants et de bottes rouges, vêtu d’un costume jaune criard et d’une cape blanche avec une silhouette longiligne. En termes d’élégance, la figure de proue de l’œuvre n’est pas gâtée. Le ridicule ne tuant pas, ONE a poussé le vice un peu plus loin : notre « héros » est en réalité un chômeur, qui passe la plupart de ses journées à lambiner devant la télé ou à guetter la moindre petite promotion. Oui, les revenus de Saitama sont en plus modestes et il vit très simplement son train-train quotidien, en ne demandant son dû à personne. Il semble de plus avoir eu une vie tout à fait ordinaire, loin de tout problème et s’avère être doté d’une intelligence moyenne. Paradoxalement à ces faits, il est aussi l’être le plus puissant de la terre et terrasse les nombreux monstres qui peuplent sa ville d’un seul coup de poing (d’où le titre). ONE enfonce le clou encore une fois : plutôt que d’être heureux de cette situation, Saitama est en fait frustré de ne pas trouver d’adversaire à sa hauteur. C’est donc blasé qu’il accompli son rêve d’enfant, espérant retrouver les frissons que lui procurait les débuts de sa carrière.

ONE et Murata accentuent le décalage de Saitama auprès de son entourage grâce à un dessin qui se veut le plus simpliste possible sur lui. Son visage ovale demande déjà peu de détails, mais notre « chauve encapé » se voit souvent affublé de réactions inappropriées dans les moments les plus tendus : visage impassible, colère injustifiée, ect… Il est même régulièrement mis en arrière-plan, pour accentuer l’absurde de la situation. Cependant, si One-Punch Man se veut parodique, il s’adresse aussi aux fans de super-héros et de shônen.

 

Quelques repaires qui ne changent pas

One-Punch Man se joue des règles du shônen pour mieux nous faire rire, mais ONE laisse quelques repaires classiques qui donnent l’opportunité aux lecteurs de trouver ce qu’ils recherchent habituellement. En effet, Saitama peut aussi être doté d’un sérieux certain, qui rattrape toutes ses facéties habituelles. Il est ainsi représenté avec un visage plus grave, des traits plus froncés… L’effet est saisissant. La galerie de personnages secondaires est extrêmement développée et on peut retrouver en Genos (le disciple de Saitama) un super-héros proche de l’archétype, mais très classe : passé sombre, corps de cyborg modifié, recherche constante du dépassement de soi, super-pouvoirs présentés en détails, sont but est d’exterminer le mal… Mais il est aussi celui qui va étudier Saitama de plus près, afin d’étudier le secret de sa force (secret y a-t-il d’ailleurs ?). La hiérarchie des héros avec ses différentes classes (C, B, A et S) permet de se faire une idée de la puissance déployée par chacun, a l’instar des rangs ninja que l’on avait dans Naruto, du Scooter dans Dragon Ball ou encore de la fameuse prime dans One Piece. Les méchants/monstres de One-Punch Man bénéficient aussi de cette hiérarchie, en étant catégorisé dans un type de menace (Loup, Tigre, Démon, Dragon et Dieu). Certains duels sont dignes des plus grands mangas d’action par leur souci de précision, leur dynamique et leur violence : le combat entre Saitama et Boros dans sa version web fourmille de détails, mais les autres intervenants ne sont pas en reste. En effet, les side-kick (Genos, King et Croc D’argent) tout comme les rivaux de Saitama (Sonic ou Wolf) se voient offrir des castagnes dignes de ce nom.

 

Par tous ces aspects, One-Punch Man est forcément fédérateur et rassemble les foules. Il peut plaire aux fans de comics, mais aussi de shônen plus populaire qui verront dans cette œuvre une excellente parodie des codes du genre. Mais il se présente aussi comme un manga d’action avec ses classiques qui ne changent pas : lutte du bien entre le mal et combat épique. Le tout est servi par un scénario alléchant et un dessin splendide. Il ne nous reste plus qu’à faire de la place dans nos étagères grâce à Kurokawa qui a édité le titre en France : One-Punch Man est déjà culte.

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