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Maison Ikkoku

Yusaku Godaï n'en peut plus. Alors qu'il prépare les examens d'entrée aux universités, le voilà constamment dérangé par ses bruyants voisins de la résidence Ikkoku qui enchaînent fêtes et beuveries dans sa chambre en le traitant de raté. Trop, c'est trop, il va quitter cette pension, du moins c’est ce qu’il souhaite jusqu'à l'arrivée du nouveau concierge qui s'avère être une ravissante jeune femme. Kyoko Otonashi est une jeune veuve de 19 ans qui a du mal à se remettre de la disparition de son mari.

 

 

Maison Ikkoku est un manga de Rumiko Takahashi en 15 volumes parus chez Shogakukan entre 1983 et 1987. La version que nous propose Tonkam est en fait la version deluxe en 10 volumes sortie également chez Shogakukan en 1992-1993. Rumiko Takahashi n'est pas une inconnue en France. On lui doit également les 38 volumes de Ranma 1/2 (Glénat), Mermaid Forest (1 seul volume chez Glénat sur les 2 existants au Japon, le second étant Mermaid Scar) ainsi que Inu Yasha chez Kana. C'est une mangaka habituée au succès et ses œuvres ont toutes eu droit à une adaptation en anime. Maison Ikkoku est ainsi devenu « Juliette je t'aime » lors de sa diffusion au Club Dorothée. On parlera également de Lamu dont on a pu suivre les aventures dans ce même Club Dorothée mais dont le manga, Urusei Yatsura, reste encore inédit en France. A noter que Maison Ikkoku et Urusei Yatsura sortaient en parallèle au Japon.

 

Graphisme

Le style de Rumiko Takahashi est reconnaissable mais on est très loin du côté net, épuré de Inu Yasha. Le style des premiers volumes peut étonner, il n'est pas forcément très engageant. Mais le design des personnages va beaucoup évoluer en 10 volumes, il va gagner en finesse et en maturité (tout comme les personnages). Il gardera ce petit quelque chose qui fait de Maison Ikkoku l'œuvre attachante qu'elle est : la chaleur des traits qui fait rayonner les personnages et les rend presque vivants. On a clairement l'impression que l'auteur aime particulièrement ses personnages et s'implique totalement dans l'histoire, lui donnant par là une personnalité propre, une âme. On remarquera de ce fait que même si Godaï et Mitaka ont plus ou moins le même dessin, pratiquement la même coupe de cheveux, bref tout pour qu'on les confonde, on ne se trompe jamais en les voyant.

La narration est assez classique, facile à suivre. On remarquera assez souvent des pages sans beaucoup de dialogues mais où tout passe par les regards, les situations, rendant ainsi les scènes beaucoup plus fortes. L'ensemble est rythmé, dynamique.

 

 

Une histoire classique

Elle nous semblera très basique : un loser amoureux d'une femme inaccessible, prise dans un triangle amoureux, tout ça dans une pension. Mais n'oublions pas que cette histoire a plus de 30 ans et qu'elle a fatalement servi de modèle à de jeunes mangaka comme Ken Akamatsu avec son manga Love Hina où l’on retrouve certaines situations, même si elles sont évidemment mises en scène différemment. Les personnages aussi semblent très classiques. Toutefois, la grande force de Maison Ikkoku est de réussir, sur des bases simples et connues, à les dépasser et à rendre des personnages à la base, stéréotypés et prévisibles, complexes, vraisemblables, qui évoluent constamment.

Petite présentation s’impose :

 

- Yusaku Godaï : C'est un Ronin, c'est à dire un étudiant qui a raté le concours d'entrée dans les différentes universités de Tokyo une première fois et qui prépare le concours en étudiant libre. Il habite dans la chambre numéro 5 de la Maison Ikkoku et ne supporte plus les fêtes interminables que ses voisins, Mme Ichinosé, Melle Akémi et Mr Yotsuya, prennent plaisir à faire dans sa chambre toutes les nuits, à ses frais qui plus est. Bien sûr, dans des conditions d'études aussi désastreuses, aucune chance pour que Godaï réussisse quoi que ce soit. C'est pourquoi il souhaite quitter la pension, jusqu'à bien sûr rencontrer la nouvelle concierge dont il va tomber amoureux dès le premier regard. Il n’est pas toujours très futé, timide, bien trop gentil, sans aucune volonté, indécis, incapable de se faire respecter et de s'imposer. Rajoutons là-dessus qu'il a une poisse monumentale, une grand-mère totalement délirante et plutôt pot de colle, une impossibilité chronique à dire non et à s'expliquer clairement avant que la situation ne vire au cauchemar. Vu ainsi, il ne semble pas différent de beaucoup de loser que l’on trouve dans moult shônen. Oui mais voilà, il évolue énormément sur les 10 volumes, au fil des événements, des rencontres, des situations. Du jeune étudiant indécis et bonne poire, il va mûrir, grandir et devenir un jeune homme responsable, sûr de ses choix, travailleur, déterminé, plein de volonté à partir du moment où il trouve sa voie, tout en gardant le côté gentil et profondément humain qui le caractérise.

 

- Kyoko Otonashi née Chigusa : à son arrivée à la pension, c'est une jeune veuve de 19 ans qui a perdu son mari, qu'elle aimait passionnément, 6 mois auparavant. Son rôle de base ? Jeune princesse des rêves de Godaï, inaccessible et mystérieuse. Qu'en est-il réellement ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a du caractère. Un mauvais caractère qui plus est. Elle se met en colère au quart de tour, saute toujours trop vite aux conclusions, susceptible, emportée, tête de mule, indécise, extrêmement jalouse. On est un peu loin de la jolie princesse potiche et parfaite, mais est également très lucide, même si elle juge trop vite, elle n'est pas complètement naïve et sait très bien à quoi s'en tenir sur les autres. Derrière ce caractère entier, emporté, se cache une femme qui craint plus que tout d'aimer à nouveau. La blessure laissée par la disparition de son mari a beaucoup de mal à cicatriser et l'ombre de Sôichirô va planer longtemps sur les rêves d'amour de Godaï et de sa concierge. Elle a peur d'aimer à nouveau car aimer signifie se donner entièrement à l'autre, et elle ne tient pas à risquer de tout perdre encore une fois. Un personnage très émouvant, qui nous fait rire par ses coups de gueule survoltés et ses bouderies souvent injustifiées, elle nous émeut quand elle livre ses pensées de femme indépendante mais seule…

- Kozue Nanao : jeune fille candide de l'âge de Godaï qui va vite devenir aux yeux des autres sa petite amie. Même s'ils se sont à peine embrassés en 10 volumes... Aime-t-elle Godaï ou ne voit-elle en lui qu'une épaule à laquelle se raccrocher ? L'amour platonique qu'elle lui porte semble être juste le dernier vestige de son cœur d'enfant, pur et innocent voire carrément naïf. C'est un personnage que l'auteur prend un malin plaisir à faire apparaître et disparaître à volonté. Sa présence et justifié surtout pour faire évoluer les deux personnages principaux par les nombreux quiproquos qu'elle provoque sans le vouloir.

 

- Shun Mitaka : le rival de Godaï aux dents étincelantes. Professeur de tennis quand il voit arriver sa nouvelle élève Kyoko, il va vite commencer à lui faire une cour assidue. En apparence, il est parfait et Godaï ne semble pas faire le poids face à lui : beau, riche, sûr de lui, plus mûr et déjà installé dans la vie active. Mais en y réfléchissant bien, l'amour qu'il porte à Kyoko est-il si vrai que ça ? On peut se demander s'il ne voyait pas la jeune femme au début comme une nouvelle conquête à rajouter à son tableau de chasse de tombeur. En effet, elle est belle, jeune, réservée, veuve, un peu farouche, un véritable défi pour notre dragueur. Par la suite, elle semble être l'objet d'un concours entre les deux prétendants. Et enfin, Kyoko, jeune veuve sans le sou, sans qualification et sans nom de famille prestigieux, apparaît comme une rébellion de l'enfant gâté qu'est Mitaka qui s'oppose de manière bien immature à sa famille qui souhaiterait plutôt le voir épouser une jeune fille de bonne famille. Dans son amour pas franchement discret pour Kyoko, Mitaka, au lieu de réellement se montrer tel qu'il est, avec ses défauts et ses qualités, préfère ne présenter qu'une façade lisse et parfaite, sans faille... mais tellement froide et impersonnelle, loin de l'amour maladroit et entier de Godaï. Il est vrai qu'avouer qu'il a une phobie des chiens casse tout de suite l'image du séducteur viril... pour notre plus grand bonheur.

 

 

Parlons-en, de l'amour de Godaï. Il tombe amoureux de Kyoko dès la première seconde mais ce n'était qu'un amour irréel, sans fondement, un fantasme d'ado, un amour sans lendemain, sans avenir, qui ne pouvait rester qu'à sens unique. Cet amour va évoluer en même temps que le jeune homme, devenir plus vrai, plus profond, plus entier, plus mature. Il n'y a qu'en se découvrant lui-même, en apprenant qui il est, en trouvant sa voie, en acceptant d'être lui et seulement lui, que Godaï pourra espérer voir son amour partagé. Aussi, Maison Ikkoku ce n'est pas que Godaï qui aime Kyoko. C'est aussi une petite troupe de personnages un peu désabusés et toujours lucides qui évoluent autour de nos deux indécis. Yotsuya, le parasite mateur, menteur, opportuniste, au métier mystérieux, Akemi, la délurée qui se balade toujours à moitié nue, Ichinosé, toujours prête pour faire la fête et commère qui déforme toujours tout, son mari qu'on ne verra quasiment jamais, représentant le salaryman type qui passe sa vie à son boulot, partant tôt, revenant tard. Kentaro leur fils, petit gamin futé qui se demande ce qu'il fiche dans cette famille de fous. Les parents de Kyoko, la mère qui ne pense qu'à remarier sa fille, son père qui la voit toujours comme une petite fille à protéger de tous les hommes qui pourraient la faire souffrir, etc... Un ensemble de personnages qu'on croise, qu'on suit, qu'on découvre petit à petit, parfois agaçants, parfois émouvants, mais toujours drôle... Vous l’aurez compris, Maison Ikkoku ce n'est donc pas que de la romance, c'est du comique, de l'absurde à toutes les pages (enfin, surtout sur les premiers volumes, au fil de l'évolution des personnages, le comique se fait moins présent pour laisser place petit à petit à la romance pure, surtout dans les deux derniers volumes). Les dialogues sont percutants, incisifs, les personnages prenant un malin plaisir à mettre pile le doigt sur les travers des autres, n'épargnant personne. Les scènes de folie furieuse, d'action absurde succèdent aux scènes d'émotion, tout ça avec un rythme qui fait qu'on ne s'ennuie jamais.

Maison Ikkoku ou l'art de se retrouver dans les pires situations alors que tout semblait si simple... Le début du manga propose surtout des chapitres assez indépendants les uns des autres, concentrés sur un événement qui fera avancer les choses pour telle ou telle histoire. Petit à petit, on va commencer à s'intéresser un peu plus à la relation mouvementée Kyoko-Godaï, avec les entrées en force de Mitaka et Kozue, mais sans jamais perdre de vue la vie de tous ces personnages. On remarquera énormément d'humour et d'auto-dérision de la part de Takahashi, jouant avec des dialogues sirupeux qui finissent inévitablement en queue de poisson, avec le sourire étincelant de Mitaka qui sera l'objet de nombreux clins d'œil au fil de la série, avec les personnages qui après n'avoir pas été présents pendant plusieurs chapitres, reviennent d'un coup, déclenchant inévitablement une remarque assassine de quelqu'un, du genre « ben t'es toujours vivant, toi ? », avec Kyoko qui nous passe le balai ou l'aspirateur à tout heure du jour voire même de la nuit, pour des raisons toutes plus absurdes les unes que les autres... Les situations évoluent constamment, il n'y a jamais de surplace, enchaînant quiproquos qui ne durent heureusement pas, manipulations, bourdes, disputes, problème d'argent, de recherche de boulot dans un Japon bientôt en crise... Tout se fait naturellement, sans forcer, sans exagérer, à un rythme humain et vraisemblable même si parfois totalement farfelu. On pourrait se dire que 10 volumes pour parler d'une relation s'étalant sur 7 ans, c'est long. Cependant, il y a tellement de détails, d'évolution, de blessures, de non-dit, de communication maladroite, qu'on ne tourne jamais en rond figé dans une situation. Les relations humaines au cœur du récit avec leurs hauts et leurs bas rendent tout cela vivant et c'est parfaitement rendu grâce au talent de Rumiko Takahashi. De plus, la fin est superbe, émouvante, une vraie fin, une période se termine, une histoire se finit mais la vie continue, aucune frustration car aucun personnage n'est oublié. Evidemment, une fois tournée la dernière page, il est difficile d'accepter de quitter les joyeux pensionnaires de Maison Ikkoku, mais on garde inévitablement un grand sourire sur le visage, avec peut-être une petite larme à l'œil, ravi d'avoir pu suivre 7 ans dans la vie de ces hommes et de ces femmes, 7 ans de galères, d'erreurs, d'échecs, de réussites, de fausses joies, de bourdes, de maladresses mais surtout, 7 ans d'amour, de tendresse et d'humour. Maison Ikkoku n'est ni mielleux, ni naïf. Ici, ce sont des gens qui sont loin d'être parfaits, comme vous et moi, ancrés dans leur quotidien et qui apprennent à vivre ensemble et à trouver leur place. Maison Ikkoku, c'est l'histoire d'un amour qui se construit, qui se bâtit petit à petit, malgré les doutes, les peurs, les problèmes de communication, mis en scène avec pudeur, sensibilité, réalisme et un regard très adulte (mariage, maternité, mort, argent, chômage...). Maison Ikkoku est un manga à découvrir qui fait tour à tour rire et pleurer, à déguster page après page pour découvrir toutes les subtilités et les situations hilarantes dont les volumes sont truffés.

 

Le manga romantique par excellence où Rumiko Takahashi dépeint avec sensibilité et justesse une relation amoureuse qui se construit petit à petit, dans le Japon des années 80, entre galères, déprimes, disputes, gags et autres maladresses. Dix volumes riches en émotion et en rire pour suivre la jalouse Kyoko et le maladroit Godaï au sein de la résidence Ikkoku.

 

 

Cortana, travaille avec beaucoup de paperasse, ce qui n'est pas vraiment jubilatoire. Dans ses temps libres, elle se plonge volontiers dans les animes, mangas et les séries TV. Elle aime écrire des histoires et dessiner de temps en temps, le tout avec une tasse de thé pour l’aider à se détendre. Sa faiblesse avouée, les méchants sociopathes, qui sont souvent ses personnages préférés.

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