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Magazine en ligne dédié aux mangas, aux animes et aux jeux vidéo

Entre elle et lui

Le shôjo est un genre de manga qui s’adresse aux jeunes filles et restera à jamais une composante récurrente de la culture Otaku. Il y en a pour tous les goûts à l’instar de son cousin le shônen (du fantastique au réaliste) et Kare Kano nous fait suivre le quotidien d’une bande d’adolescents, aux prises avec les affres de cette période de la vie : amour, gloire et beauté.

 

 

Entre elle et lui (Kareshi Kanojo no Jijō, abrégé en Karekano) est un manga de Masami Tsuda prépublié entre décembre 1995 et avril 2005 dans le magazine LaLa de l'éditeur Hakusensha La série comptabilise 21 volumes reliés et l’œuvre a été éditée chez nous par Tonkam. Le cadre et les personnages inscrivent la série dans le genre très populaire du slice of life, qui regroupe des titres comme Parmi eux (Hisaya Nakajo), Host Club (Bisco Hatori) ou encore Fruit Basket (Natsuki Takaya). Le slice of life contient à la fois des qualités et des défauts inhérents à ses codes. L’action prend place dans le quotidien et l’environnement s’en retrouve réduit au strict minimum : école, maison et voyage scolaire. Cependant, cette démarche narrative accentue l’effet de réalisme, qui permet de s’identifier immédiatement aux personnages.

 

L’histoire

Au cours de ses études au collège, Yukino Miyazawa a été toujours considérée comme une star par ses camarades et se comporte comme telle. Ses jeunes sœurs, Kano et Tsukino, la taquinent souvent à ce sujet, parce que Yukino se comporte normalement à la maison et joue un véritable rôle d’actrice lorsqu’elle en sort. Brillante élève dans tous les domaines, membre de nombreux comités d’élèves et experte avec son charme d’actrice innée, le principal objectif de Yukino est d’abord de s’imposer pendant l’examen d’entrée au lycée Hokuei de Kawasuki. Elle tombe alors des nues, lorsqu’elle apprend que la première place lui a été soufflée par la coqueluche masculine du lycée, Sōichirō Arima, qui est issu d’une famille très aisée, contrairement à elle. Yukino se concentre encore plus sur ses études pour battre le jeune freluquet qui est un obstacle pour ses rêves de gloire au lycée. Dès l’examen majeur suivant, elle arrive à ses fins et prend la première place.

Alors que tout semble rentrer dans l’ordre pour Yukino qui a impeccablement redressé une situation compromise, deux évènements ébranlent son orgueil. Tout d’abord, elle s’aperçoit que Sōichirō n’a jamais cherché la gloire et elle prend honte devant la version authentique de ce qu’elle n’a jamais fait qu’imiter. Sōichirō lui déclare sa flamme juste après, ce qui rétablit un sentiment de supériorité chez la belle qui le repousse de peur qu’il ne découvre son secret. Peine perdue, Sōichirō la surprend chez elle et voit son véritable caractère, sans ses artifices. Craignant d’être dénoncée puis croyant qu’il garde son secret, elle est stupéfaite lorsqu’il lui fait faire son travail en échange de son silence. Lui aussi avait une face cachée !  Les jours passant, Yukino se rapproche de plus en plus de Sōichirō et finalement, le vit très mal. Elle, qui manipulait si bien les cœurs des garçons, voilà qu’elle s’amourache de son rival, à en devenir timide et timorée. De son côté, Sōichirō n’a pas cessé de l’aimer et son chantage n’est qu’un prétexte pour lui parler. Heureusement, la situation se clarifie rapidement et Sōichirō devient son petit ami, ravi d’avoir quelqu’un de si différente à ses côtés.

 

 

Des personnages qui, bien que possédant des similitudes avec le lectorat visé (âge, environnement existant et étude) se doivent d’être assez charismatiques et complexes afin de susciter tout au long du récit l’intérêt d’un public depuis longtemps habitué aux shôjos tranche de vie. C’est probablement la raison qui a justifié l’adaptation en anime de l’œuvre par Hideaki Anno. Alors qu’ils ne sont pas encore adultes, l’ensemble des protagonistes est bien plus mûr que des lycéens ordinaires. Leurs expériences passées et leurs caractères les amènent à avoir des réflexions presque philosophiques sur l’existence : comment définir son vrai « moi » ? Quelles sont les limites que l’on peut ou non franchir par amour, vis-à-vis du « bon sens » ? Comment découvrir le sens que l’on veut donner à sa vie ?

Par expériences passées, entendez « fêlures ». Prenons l’exemple de Arima Soïchiro : brimé depuis l’enfance par sa famille et choyé par ses parents adoptifs, il s’est senti « contraint » pour ne pas les décevoir d’être le meilleur en tout, tout en défiant le clan « Arima ». De ce double jeu, il est né en lui un « autre Soïchiro » qui s’empare parfois de lui, une sorte de passager noir qui l’incite à parfois faire exploser sa rage. On en vient à la première réflexion philosophique évoquée plus haut : comment définir le vrai « moi », comment se forger sa propre identité ? Que penseront les autres du « deuxième » Arima ? Fait-il parti de lui ? Qui est le vrai Arima ? Et c’est avec autant de questions que les autres héros grandiront, en cherchant une réponse salvatrice, pour se muer d’adolescent en adulte équilibré. La portée philosophique et tragique des intervenants de l’histoire cassent la redondance convenue du scénario : le couple Miyazawa/Soïchiro va faire face à une difficulté qu’ils surmonteront grâce à leur amour. Mais ce n’est que pour mieux se concentrer sur les seconds couteaux, qui valent eux aussi leur pesant d’or. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’amour sert essentiellement de thérapie aux différentes huiles de cette histoire.

 

 

Entre elle et lui a donc su séduire tout une génération grâce à la profondeur de ses thématiques, n’hésitant pas à parfois aller flirter avec l’alambiquer. Masami Tsuda n’hésite cependant à user d’humour pour nuancer son propos parfois assez sombre… Mais ces moments se font de plus en plus rare, passé la dizaine de volume. L’œuvre s’adresse donc plutôt à un public plus « subtil », apte à saisir toutes les mécaniques du scénario. Toute œuvre qui veut appuyer son propos se doit de s’en donner les moyens. Dans l’univers du manga, cela passe bien sûr par l’histoire et les personnages que nous évoquions plus haut. Il ne faut pour autant pas omettre le dessin, l’aspect narratif mais aussi la mise en scène. Etant une première série sérialisée pour sa créatrice, Entre elle et lui contient de nombreux défauts dans ses dessins, particulièrement frappant dans les premiers volumes. Les visages sont ronds, un peu trop pour un shôjo. Les épaules des hommes sont trop larges, tandis que les cous des filles sont bien trop fins. On remarquera aussi que les visages sont très communs, pour ne pas dire sommaires. La mangaka semble ne pas avoir voulu prendre de risque, un parti pris qui lui a permis de mettre l’accent sur les expressions de ses personnages : plus un visage est simple à dessiner, plus il est facile d’en faire ressortir les expressions. Les sentiments étant le moteur de la série, le trait encore maladroit a pu ainsi compenser sa faiblesse. Les lignes finissent par devenir plus fines, les corps s’amincissent et s’allongent : elle finit par atteindre sa magnificence passé la dizaine de volume.

Narrativement parlant, si le schéma est assez redondant le temps que le groupe d’amis se forme, l’artiste parvient à tenir le bon bout grâce à des personnalités variées et hauts en couleurs côté personnages, mais aussi grâce à des touches d’humour bien senties. Le véritable atout de la série restera sa mise en scène : plutôt que de longs discours, un regard, un geste sur plusieurs pages transmettra à lui tout seul toute la dramaturgie de l’instant présent. Ici, point de fioriture mais une mise en avant du mouvement, du temps qui passe, seconde par seconde, pour accentuer cet effet de mouvance. Une technique aussi bien maîtrisée que dans les mangas de Mitsuru Adachi par exemple, réputé pour ses chapitres presque dépourvus de textes mais qui se suffisent grâce à une mise en scène qui sait en dire bien plus en quelques dessins que de longs dialogues.

Entre elle et lui demeure à n’en pas douter l’un des meilleurs shôjos de ces dernières années. Un pionnier du genre moderne qu’il faut au moins avoir lu pour la profondeur de ses héros et sa mise en scène qui sont des exemples de perfection.

 

 

Cortana, travaille avec beaucoup de paperasse, ce qui n'est pas vraiment jubilatoire. Dans ses temps libres, elle se plonge volontiers dans les animes, mangas et les séries TV. Elle aime écrire des histoires et dessiner de temps en temps, le tout avec une tasse de thé pour l’aider à se détendre. Sa faiblesse avouée, les méchants sociopathes, qui sont souvent ses personnages préférés.

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