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Dragon Head

Dragon Head est un seinen manga écrit et dessiné par Minetarō Mochizuki prépublié entre 1995 et 2000 dans le magazine Young Magazine de l'éditeur Kōdansha et compilé en un total de dix volumes. La version française est éditée en intégralité par Pika Édition.

 

L’histoire

Teru Aoki est un jeune étudiant, qui revient en Shinkansen d’un voyage d’études effectué avec toute sa classe. Mais voilà que le train a un terrible accident et déraille dans un tunnel. Teru s'en sort mais comprend vite que tous ses camarades sont morts. Enfin presque tous. Seul deux autres élèves survivent également au terrible accident : Nobuo et Ako. Ensemble ils vont devoir faire face à l'horreur qui les entourent et tenté de subsister, malgré la peur de l'obscurité qui les absorbe. Le voyage vers l'enfer commence alors...

 

 

Ce manga pourrait avoir comme sous-titre « Plongée au cœur de la peur » puisque Minetarō Mochizuki joue avec la terreur sous toutes ses formes. D’ailleurs, le personnage principal de l’œuvre n'est pas Teru ou ses compagnons d’infortune, mais bel et bien la peur elle-même, et ce qu'elle peut engendrer chez les hommes qui s'y laissent prendre. Ici, pas de monstres à l'aspect hideux, pas de vivisection ou de ruissèlement de sang à outrance. Au contraire, l’auteur joue avec nos craintes les plus profondes : la mort, l'obscurité, l’inconnu, le silence pesant et anxiogène. Toutes ces craintes universelles que nous avons tous déjà ressenti au moins une fois au cours de notre existence et qui nous fait lâcher prise. Quand l'homme perd ses repères, sociaux, affectifs, moraux, que lui reste-t-il ? Toute notre société est bâtie sur ces bases. Qu’arrive-t-il alors lorsque tout ceci s’effondre ? Lorsque les masques, les apparences disparaissent, les moindres petits détails peuvent devenir des obsessions meurtrières, la folie guette, et c'est là que l'être humain montre son vrai visage. Soit il se laisse entrainer et sombre dans le Mal, le chaos, la folie, soit il dépasse cette appréhension, et a une chance de s'en sortir. Le pire ennemi de l'Homme est l'Homme lui-même. Les êtres humains ne sont-ils pas en réalité des monstres se dissimulent sous le masque d'une prétendue humanité ; de la civilisation, qui quand elle se démantèle, libère la folie qui est en nous ?

Nous pouvons nous le demander à la lecture de ce manga tout comme s’interroge l’un des protagonistes de Dragon Head, que deviennent les notions comme le partage, la solidarité, l'entraide quand les êtres humains ne pensent plus qu'à survivre ? Et que reste-t-il également de l'Homme lorsqu’il a abandonné tout espoir de vivre, et se résout à rejoindre la mort ? Mais en même temps, la peur n'est-elle pas nécessaire ? Si nous ne la rencontrons jamais, comment acquérir les notions de danger et de réagir en conséquence de manière adaptée ? En réalité, ce n’est pas l’existence de la peur en elle-même le problème mais la manière dont nous réagissons face à elle…

 

 

Les adolescents qui survivent à l'accident de train ne sont que des humains ordinaires auxquels il est facile de s'identifier. En lisant le périple, nous nous mettons immanquablement à leur place puisqu’ils ne sont que des êtres quelconques devant survivre quoi qu’il arrive, paraissent bien faibles et laconiques face à l'horreur qui les entoure et dont ils ne parviennent pas à en connaître l'origine. Dragon Head est remarquablement réaliste ce qui accentue le sentiment de frayeur ressenti par les rescapés, clairement traduit. Le lecteur sonde naturellement la noirceur de l'âme humaine, et surtout se reconnait dans ce portrait. Il se questionne inévitablement sur ce qu’il ferait lui-même dans pareil circonstance, entourés de cadavres et de cendres, sans rien qui puisse indiquer qu'il reste un espoir. Assurément, Dragon Head n’est pas un manga à laisser dans toutes les mains car si les premiers volumes servent à nous plonger dans l’effroi, à nous en faire la démonstration, à nous en expliquer les mécanismes, la suite nous explique quant à elle son fonctionnement et ses effets...

 

 

La lecture des premiers tomes nous fait immanquablement penser à l'œuvre de William Golding, Sa Majesté des Mouches, ainsi qu'au chef d'œuvre controversé de Kazuo Umezu, L'Ecole Emportée, qui explorent la nature humaine et plus particulièrement celle des enfants, lorsqu'ils se retrouvent hors de tout cadre sociétal. En proie aux angoisses, les tempéraments de Teru, Nobuo et Ako, nous montrent des êtres devenus irrationnels, prêts à s'entretuer pour s'en sortir. Toutefois, la force de Minetarô Mochizuki reste de ne pas tomber dans la caricature. Dans ce huis clos oppressant qu’est ce tunnel rempli de cadavres, d’obscurité, de petits bruits incessants et indéchiffrable, le temps s’égrène tout comme l’espoir de revoir le jour ou le retour à une vie ordinaire. Difficile d’occulter les instincts primaires qui resurgissent du plus profond de l’être, héritage atavique de l’espèce humaine : la peur de ce qui est tapi dans l’obscurité, celle d’être enterré vivant ou encore de mourir lentement de faim…

 

 

Conclusion

Dans Dragon Head, Minetarō Mochizuki joue abondamment sur l'utilisation du noir, couleur dominante tout au long du récit, que ce soit pour l'obscurité qui entoure les personnages, où la profondeur que chacun trouve au fond de soi... Quand l'homme se retrouve face à une situation dont il ne peut ni saisir ni mesurer l'ampleur, l'espoir existe-t-il toujours ?

 

 

Mesekiel, est tombé dans la culture japonaise très jeune et tente au mieux de partager sa passion. Après des années investis dans ce domaine, il est devenu un connaisseur avec une liste soigneusement classée de livres et d’animes dévorés.

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Shakka 22/01/2020 11:31

Dragon head est un excellent manga, je le classe dans la même catégorie que parasite. C'est le genre de série qui peut être lu et relus sans problème