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Magazine en ligne dédié aux mangas, aux animes et aux jeux vidéo

All You Need Is Kill

All You Need is Kill est un seinen dessinée par Takeshi Obata, à partir du chara design de Yoshitoshi ABe et scénarisée par Ryōsuke Takeuchi, prépubliée par l'éditeur Shūeisha dans son magazine Weekly Young Jump. Il s’agit d’une adaptation réussi d’un light novel japonais de Hiroshi Sakurazaka illustré par Yoshitoshi ABe.

 

All You Need Is Kill nous raconte la survie d'un soldat confronté à un phénomène étrange que lui seul subit dans un conflit meurtrier où l'humanité peine à prendre le dessus. Et c'est ce phénomène, même s'il n'a rien d'original dans le domaine de la science-fiction ou du fantastique, qui va faire tout le sel de l'œuvre. C'est cette disposition qui va dédramatiser la mort, faire en sorte que ce soldat dépasse le cadre du conflit, et résoudre le conflit à une échelle plus globale. La Terre est envahie par des extra-terrestres, les Mimics. Malgré tous les efforts déployés, tout semble perdu. Keiji Kiriya, nouvelle recrue dans l’armée de Défense, participe à sa première bataille et est tué au cours de celle-ci. Pourtant, sans qu’il ne comprenne pourquoi, il se réveille le jour précédant la bataille. Coincé dans une boucle temporelle, il recommencera tragiquement cette journée des dizaines de fois. Keiji Kiriya va donc mettre à profit son « talent » pour devenir chaque jour plus fort et tenter de percer le secret des Mimics. C'est alors qu'il se rapproche de Rita Vratasky, une jeune fille intrigante, considérée comme le soldat le plus fort de l'humanité, et découvrir qu'ils ont en commun bien plus que la volonté de vaincre...

 

 

Beaucoup d'œuvres parlent de la guerre. Généralement, elle est traitée sous l'angle du drame humain, mettant à mal la psychologie de ces hommes et femmes qui paient le tribut du conflit, sacrifiés sur l'autel de convictions politiques et territoriales pour défendre des intérêts nationaux. Parfois, il peut même arriver que ce soit l'humanité tout entière qui doit faire bloc contre une menace d'un autre monde, en mettant de côté ses différences pour s'allier en une seule force de frappe. Mais quand bien même le genre du récit de guerre tombe souvent dans les mêmes poncifs, on n'explore pas souvent le point de vue du soldat, fréquemment utilisé comme pion sur un échiquier géant. Parfois, certaines œuvres se centrent sur le soldat, sur la détresse humaine face à un événement qui le dépasse complètement où son humanité est réduite à la fonction d'objet, de chair à canon consommable. Mais que se passerait-il si un soldat possédait quelque chose qu'il est le seul à savoir et à éprouver ? All You Need is Kill, du moins dans sa version manga, est illustrée par Takeshi Obata, mangaka en activité depuis 1985 qui possède derrière lui plusieurs mangas connus comme Death Note, Bakuman et de Platinum End. Avec All You Need Is Kill, il signe ici un seinen plutôt brutal, qui montre la guerre sans censure, ni de manière détournée, sans pour autant sombrer pas dans l’aversion facile et la surenchère d’éviscérations. C'est l'étrange phénomène que vit le héros qui se place au centre de l'intrigue.

L'histoire de All You Need is Kill nous place dans un futur proche peu réjouissant : l'Humanité est en guerre contre les Mimics, une race extraterrestre en forme de sphères bardées de dents et de pointes, qui envahit la planète Terre depuis quelques temps. Chaque pays tente tant bien que mal de repousser l'invasion et bon nombre d'entre eux ont d'ores et déjà été perdus, mais les espoirs se tournent vers Rita Vrataski, surnommée affectueusement la « Full Metal Bitch » ou « Calamity Dog ». Extrêmement belle et douée au combat en dépit de son jeune âge, elle est un espoir, un symbole de courage pour toutes les forces militaires qui peinent à repousser l'invasion. Nous suivons donc l'histoire de Keiji Kiriya, jeune soldat fraîchement enrôlé dans l'armée japonaise pour repousser un assaut des Mimics. Hélas, notre héros disposant de très peu de formation militaire, il finit par être tué lors de sa première opération militaire, même si l'assaut est mené par Rita. Et c'est ici que le phénomène se produit : Il se retrouve dans son lit, 24h avant l'attaque, et revit la même journée ; Il essaie une nouvelle stratégie, et finit encore une fois tuer au combat. Et c'est ainsi qu'il saisit qu'il revit en boucle cette journée et essaie d'optimiser son temps avant l'assaut. Ces nombreuses boucles seront donc l'occasion de développer le personnage qui est assez banal du début, un simple jeune homme sans grande conviction qui est tout à fait conscient qu'il ne sera que de la chair à canon sacrifiée pour sauver le monde. Mais ce sont ces boucles temporelles qui feront avancer l'intrigue et Kiriya : alors qu'il essaiera de nouveaux moyens pour s'améliorer ou se perfectionner, il sera également plus cynique et détaché, sachant qu'il ne craint plus la mort, qui n’est qu'un retour en arrière dans son cas.

All You Need Is Kill, par son mécanisme de boucle temporelle dont seul Kiriya semble être affecté dans les premiers chapitres, est le moteur même du récit. Non seulement cela permet d'améliorer le personnage, qui se rappelle toutes ses tentatives et grandit à chacune d'elles, mais aussi de dédramatiser le confit de son point de vue, quitte à faire penser à un jeu vidéo : L'armure du héros fait légèrement penser à celle de Vanquish dans l'adaptation manga. Sans gâcher le plaisir de découverte, nous comprendrons bien vite que Rita Vrataski et Kirya ne sont finalement que deux pions dans le conflit, de la chair à canon sacrifiée pour le bien de l'humanité, dont tout début de réflexion sur l'absurdité des guerres est amené non pas par l'horreur du coût humain, mais bien par cette boucle temporelle qui revient sans cesse. A quoi bon avoir peur si l'on revit une journée en boucle ? C'est un peu la logique que finit par adopter Kiriya. Qu'il décède dans d'atroces souffrances ou non, ce sera toujours un moyen de revenir plus fort au combat, ce qui est un pied de nez à toutes les œuvres parlant de guerre, où l'horreur du conflit amène le lecteur à prendre, voire désirer, une approche anti-militariste. Ce cynisme sur la mort, d'abord déroutant, se révèlera plus très choquant au fil des pages. Et savoir parler de guerre en éclipsant la peur de mourir tout en se centrant sur un soldat fait la richesse d'All You Need Is Kill.

 

 

Comme dans la plupart de ses œuvres, Takeshi Obata ne se charge que du dessin, et préfère laisser la partie scénaristique à quelqu'un d'autre ; pour le manga qui nous intéresse ici, le cas est assez étrange. L'œuvre n'est pas un manga à la base, mais un light novel écrit par Hiroshi Sakurazaka et dessiné par Yoshitoshi Abe, publié le 18 décembre 2004 au Japon. C'est en janvier 2014 que sort au Japon l'adaptation en manga, pré-publiée dans le magazine Weekly Young Jump.

Toutefois, peu d'informations sont disponibles sur Hiroshi Sakurazaka, dont All You Need Is Kill est l'œuvre majeure ; Il est surtout un auteur de fantastique et de science-fiction, et passionné par le jeu vidéo. Cette ressortie sous format manga est donc l'occasion pour l’auteur d'obtenir un second souffle pour son œuvre. 2014 voit donc naître l'adaptation manga, ainsi qu'un film nommé Edge Of Tomorrow sorti la même année, avec Tom Cruise et Emily Blunt dans les rôles principaux. 2014 fut littéralement une renaissance pour ce light novel qui n'avait pas franchi les frontières de l'archipel.

 

 

Kiriya devient William Cage, un spécialiste des relations publiques, chargé à la base de couvrir le conflit comme correspondant de guerre. Etant peu motivé à l'idée de partir éventuellement au front, William tente la désertion mais rien n'y fait ; Il est enrôlé de force dans une escouade de soldats qui débarqueront en Normandie le lendemain. Toutefois, le film donne une explication rationnelle à la boucle temporelle et suivra le même cheminement entre William (Kiriya) et Vrataski que le manga.

 

All You Need is Kill est donc un seinen mêlant guerre et fantastique donc, mais à aucun moment le manga ne risque de vous faire tourner en rond. L'œuvre ne connaît aucun temps mort, et se lit aisément. Disponible en intégrale, soit deux tomes, c'est un manga intéressant qui mérite d’être lu.

 

 

Mesekiel, est tombé dans la culture japonaise très jeune et tente au mieux de partager sa passion. Après des années investis dans ce domaine, il est devenu un connaisseur avec une liste soigneusement classée de livres et d’animes dévorés.

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