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Noir

Noir est un anime réalisé par Kōichi Mashimo et produit par le studio Bee Train. La série de 26 épisodes fut diffusée sur Tv Tokyo d’avril à septembre 2001. L'action se déroule principalement en France.

 

L’histoire :

Paris, année 2000. Dans sa boîte mail, Mireille Bouquet, une tueuse à gages française, reçoit du Japon une étrange invitation à effectuer un pèlerinage dans son passé. Elle découvre que ce message provient d’une lycéenne amnésique, Kirika, qui se fait appeler « Noir », sans qu’elle sache ce que cela signifie… Lors d’une attaque par des hommes inconnus dans une usine désaffectée, Mireille se rend compte que Kirika est, comme elle, une combattante redoutable. Les deux jeunes filles rentrent ensemble à Paris, pour former un duo de tueuses sous le nom de Noir. Surtout, elles vont essayer de retrouver leur passé, symbolisé par une montre à gousset, dont la petite musique fait ressurgir les bribes d’une tragédie qu’elles ont vécu ensemble dans leur petite enfance… Mireille propose un étrange pacte à Kirika : quand ce mystère sera résolu, elle devra la tuer…

 

 

La première et la plus simple consiste à ne s’arrêter qu’au genre, ou à ce qu’il semble être à première vue : un thriller. Des tueuses à gages embarquées dans un complot mondial, affrontant mafias, triades et autres sectes d’assassins, sans oublier les polices du monde entier. Dans ce cas, toute la première partie de la série correspond bien aux canons du genre, et remplit le cahier des charges. Un peu trop bien, même : quand arrive la fin de l’épisode, et que nous entendons la musique s’accélérer façon techno, nous sommes sûr que l’action frénétique pointe le bout de son nez, et que les hommes de main vont tomber comme des mouches. L’accumulation des fusillades avec des dizaines de morts à chaque fois finit par devenir hypnotique… C’est magnifiquement chorégraphié, certes, et l’imagination de la mise en scène vaut quelques magnifiques morceaux de bravoure, quelque part entre Matrix et les films de John Woo, mais on explose les records de l’invraisemblance à chaque seconde. Déjà les chargeurs contiennent une cinquantaine de balles minimum : c’est tout juste si elles ont besoin d’en changer. Ensuite, les porte-flingues (tous des mecs en costard bleu) sont à peine plus futés que des stormtroopers : ils se laissent dézinguer presque sans bouger pour la plupart. Ensuite, il est surprenant de constater l’absence totale de forces de l’ordre dans des lieux publics où des fusillades font jusqu’à 50 morts ? Ce qui permet, ensuite, à nos survivantes de passer encore des heures sur les lieux sans se replier, ni se dissimuler, trop occupées à pleurer et à se regarder dans le blanc des yeux ? Avouons-le, c’est précisément parce qu’ils sont totalement invraisemblables que ces passages deviennent jouissifs, car les gunfights nous renvoient directement aux combats de sabre de samouraïs, comme dans Ninja Scroll ou l’Épée de vérité. Par exemple, Kirika n’aurait pas dû survivre à la manière dont elle se sert d’une corde pour surprendre un assassin et le tuer, sans l’épisode 9, ça aurait dû lui briser la colonne vertébrale. Des scènes comme celles-là, il y en a plein. Mais l’invraisemblance ne s’arrête pas à la mise en scène : elle contamine largement le décor.

 

Noir se passe en grande partie à Paris. Enfin, un Paris fictif, où l’on peut entrer partout sans croiser âme qui vive, où les monuments sont semés au petit bonheur d’une topographie intenable, où la Seine est rectiligne comme une piste d’atterrissage et large comme le Danube en crue (nous apercevons loin la rive opposée), où les immeubles sont roses, bleus et mauves avec des panières de fleurs, des volets peints et des toitures en tuiles, et où la Tour Eiffel est visible depuis n’importe quelle fenêtre ouverte. D’accord, Hollywood a fait pareil et même pire, et au moins, dans Noir, on ne croise pas de cyclistes avec béret et baguette sous le bras passant devant des aveugles qui jouent de l’accordéon. Il y a quelques patrons de bistrots qui attendent des clients inexistants, et quand un artiste fait une aquarelle, pas de bol, c’est un tchèque... Bref, c’est Paris dans un univers parallèle, avec des réverbères, des escaliers partout et des jardins publics immenses, avec si peu d’éléments modernes que c’est à se demander si les habitants connaissent l’usage du métro ou de l’automobile. En revanche, du point de vue du scénario, c’est quand même bien pensé, au moins, comme ça, nos deux flingueuses peuvent abattre en pleine rue (voire sur les toits, et même dans Notre-Dame !) plusieurs dizaines d’hommes armés et cela, en toute tranquillité. De toutes façons, plus on avance dans l’histoire, et plus le décor semble perdre toute réalité. Mais là aussi, cette irréalité sied à la série.

 

 

La deuxième partie de Noir nous embarque vers les environs du « domaine », lieu explicitement décrit comme hors du temps, donc hors de la réalité. Il est protégé par un village et ses habitants qui ne sont répertoriés sur aucune carte, où la modernité semble avoir disparu. Le domaine lui-même est un lieu sans réalité. C’est un mélange impossible de ruines gréco-romaines et médiévales, posé au milieu d’immenses vignes éternelles où jamais on ne semble faire la moisson, les grappes étant perpétuellement à leur maturité. Ce décor, situé quelque part dans les Pyrénées fait référence à l’Arcadie, ce pays mythique situé en Grèce antique, et où règne un éternel âge d’or, innocent, préservé de toute violence. Et si Noir n’était pas un thriller, mais une série fantastique ? Du début à la fin, la série accumule les symboles mystérieux, créant ainsi sa propre mythologie. Chaque épisode commence par les mêmes images et les mêmes paroles aux accents sacrés, le rattachant à une tradition millénaire secrète : « Le noir, ce mot désigne depuis une époque lointaine le nom du destin. Les deux vierges règnent sur la mort. Les mains noires protègent la paix des nouveau-nés ». Des indices sont progressivement révélés sur un complot d’échelle planétaire, mené par une mystérieuse organisation, « les soldats », qui tient à la fois de la secte (rites, croyances, prophétie, prêtresses) et de la mafia (hiérarchie, pouvoir, chefs, hommes de main). Les fondements de cette organisation sont la conviction que de tous temps, l’homme est voué au mal, et que le mal doit être combattu par le mal. Les héroïnes, c’est-à-dire Mireille, Kirika et Chloé, sont manipulées et éduquées depuis leur enfance pour accomplir le « grand retour », avènement d’un surhomme de type Nietzschéen destiné à donner un sens à la marche de l’histoire. Ce surhomme s’appelle Noir. L’originalité est que ce surhomme est double, et par surcroît féminin et virginal, incarné par le duo que forme d’abord Mireille avec Kirika, puis Kirika avec Chloé, avant de créer un dernier avatar sous l’effet des circonstances, mais aussi surtout de l’amour.

 

 

Le duo Mireille/Kirika est un des plus fascinants rencontrés dans l’anime. Formé à l’origine sur une quête commune de leur passé et de leur identité, progressivement consolidé par un amour pur et absolu, mais non avoué, le duo traverse les épreuves initiatiques où il se renforce, y compris l’épreuve de la rivalité (Chloé), jusqu’au dénouement final. Noir est le récit d’une course à l’abîme : ouvrant la boîte de Pandore, Mireille et Kirika ne peuvent accomplir leur quête qu’au prix de leur propre destruction. Ce qui est d’ailleurs l’objet d’un pacte entre elles : Quand elles auront touché au but, Mireille devra tuer Kirika. Quant à ce qui arrivera réellement… Toute la réussite de l’oeuvre repose sur le glissement progressif du thriller vers le côté fantastique et onirique, avec des moments de contemplation, ou de tragédie antique, qui culminent lors de scènes proprement inoubliables. Le coup de feu sur les toits de Paris (épisode 20), par exemple, est un passage d’une force émotionnelle inouïe. Il en est de même un peu plus tôt, lors de la fusillade sur l’escalier qui monte au temple, dans l’arc de Taiwan (épisodes 16 et 17). Et plus tôt encore, dans la fameuse scène de gunfight dans une usine désaffectée, avec ce final au soleil couchant (épisode 1). Mais plus encore que les scènes de combat, ce sont les longs passages silencieux entre les héroïnes, sans mots prononcés, où le dialogue passe entièrement par les regards et par les gestes. Kirika, est un personnage d’une grande charge émotionnelle. Parlant très peu, ne sachant que faire de son corps frêle et maladroit, elle s’anime d’une vitalité surnaturelle lors des scènes d’action, pour retomber ensuite dans une sorte d’apathie, de rêverie dépressive, que seule Mireille parvient à secouer avec son énergie et son autorité. Entre les deux, s’interpose la silhouette drapée d’une cape et presque masquée de l’androgyne Chloé, qui se fait rivale de Mireille lorsque Kirika « retrouve » son identité de tueuse froide. Le fantastique prend définitivement le pas sur le polar lors de la bataille du village, scène de guerre. Même la toute dernière scène du dernier épisode (le dernier son plus exactement) laisse planer le doute sur la réalité de ce qui vient de s’accomplir. Libres ou damnées ? Vivantes ou mortes ? Les interprétations peuvent se contredire, selon ce que nous avons envie de croire.

 

 

Il a été souvent dit que la bande originale de Noir participe grandement à sa réussite. En effet, même si elle est parfois un peu répétitive, et un rien hétéroclites, au moins deux thèmes en émergent : il s’agit de Salva Nos, mélange de chants typés religieux et de techno, et de Canta per me, qui mêle le même genre de chant à des cordes acoustiques marquant le rythme de façon spectaculairement tranchante. Elles illustrent bien l’atmosphère mélancolique et dramatique de la série.

 

Noir, c’est tout cela, du polar de l’aventure, de l’action, de la poésie, de la tragédie, du mythe, du fantastique, dont même les clichés et les invraisemblances font le charme. Une série à la forte personnalité, aux personnages forts, à la musique entêtante, qui mérite un visionnage dans de bonnes conditions pour bien s’en imprégner. Un classique.

 

Cortana, travaille avec beaucoup de paperasse, ce qui n'est pas vraiment jubilatoire. Dans ses temps libres, elle se plonge volontiers dans les animes, mangas et les séries TV. Elle aime écrire des histoires et dessiner de temps en temps, le tout avec une tasse de thé pour l’aider à se détendre. Sa faiblesse avouée, les méchants sociopathes, qui sont souvent ses personnages préférés.

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