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Nausicäa de la vallée du vent

Nausicaä de la Vallée du Vent - Kaze no tani no Naushika est un manga de Hayao Miyazaki, publié entre février 1982 et mars 1994 dans le magazine japonais Animage monthly regroupant 7 volumes et qui fut adapté en un film d'animation par l'auteur lui-même.

 

L’histoire

À force de puiser dans les ressources souterraines et de polluer la biosphère, la civilisation industrielle, vieille de mille ans, voit sa chute lors des « sept jours de feu ». Cette guerre, d'une rare violence, inflige de terribles dégâts anéantissant quasiment l'humanité et son savoir. Mille ans ont passé et l'humanité survit tant bien que mal, atteignant « l'âge de la céramique », en se contentant de dépouiller ou de réparer les vestiges du passé. Entre un vaste désert et la « Mer de la Décomposition », gigantesque forêt produisant des spores toxiques qui propagent et répandent ainsi cet écosystème), quelques îlots de vie accueillent différentes communautés humaines. La fukai est protégée par des insectes géants, qui se sont adaptés à cet environnement pollué. Les « Ômus » en sont les principaux représentants, par leur taille et leur sensibilité.

La Vallée du Vent est une zone protégée des spores par les vents marins, habitée par quelques centaines de personnes. Du fait d’une ancienne alliance, la princesse Nausicaä se voit impliquée dans une guerre entre l'empire Dork et l'empire Tolmèque, comme tous les clans et tribus associés à l'un des deux camps. La fille du roi Jill de la Vallée du Vent se retrouve au cœur de ces affrontements. Guidée par son amour de tous les êtres vivants, Nausicaä va progressivement devenir une figure majeure de ce conflit et tentera par tous les moyens de faire taire la guerre, sauver l'humanité et rétablir un équilibre entre les humains et la nature.

 

 

Clairement inspiré par la bande dessinée Franco-Belge, Hayao Miyazaki a opté pour un découpage typiquement européen, offrant en plus d’un style particulier, une lecture de son œuvre plus dense qu’à l’accoutumé pour un manga. Les dialogues sont très nombreux, s’expliquant par l’univers alambiqué et passionnant qu’a su développer l’auteur.

L’artiste laisse ici exploser tout son talent de la mise en scène, en l’occurrence lors des épiques scènes de batailles aériennes. Les combats d’escrime sont par ailleurs d’une maîtrise époustouflante. Nausicäa de la vallée du vent est un gigantesque monument du 9ème art. Développé par son auteur durant 12 longues années, lire ce trésor d’une traite serait du gâchis. Il faut en apprécier chaque dessin, chaque dialogue. Miyazaki a travaillé entièrement seul sur ce manga qui contient en condensé l’essence et l’inspiration de tout ce qu’il créera par la suite.

 

 

Les Hommes, à force d’avoir épuisé toutes les ressources naturelles de la terre, se sont retrouvés punis par elle. Sept jours de feu eurent lieux, dévastant tout sur la planète bleue : technologie, verdure, animaux, etc…  1000 ans plus tard, quelques royaumes, aux coutumes bien différentes, vivent plus ou moins en harmonie avec la nature. La mer de la décomposition domine ou fukai, est une immense forêt dans laquelle les hommes sont incapables de respirer sans masque. La fukai est peuplée par les « Omus » sorte d’insectes vers géants, qui règnent en maîtres dans ce territoire.

Nausicäa, est la vénérée princesse de son peuple, habitant dans la vallée du vent et est la seule survivante sur les 10 enfants que sa mère a mis au monde.  Entraînée dans une guerre entre l’empire Tolmèque et Dork par une ancienne alliance, elle finira par devenir l’un des rouages majeurs de cette guerre.

 

 

Prépublié entre 1988 et 1992 dans le magazine Animage, Miyazaki ne se penche sur Nausicäa que lorsqu’il se sent désœuvré… Il en ressort une parution longue et terrible pour les fans à l’instar d’Akira de Katsuhiro Otomo, mais le résultat est à la saisissant. Bien que la base du récit soit simpliste de prime abord (univers postapocalyptique à cause de l’Homme), les fondements en ont été tellement recherchés au cours des 12 ans de sa parution que Nausicäa de la vallée du vent s’impose finalement comme une référence des plus influentes dans le monde du manga. Ses thèmes seront repris par bien d’autre. Entre l’initiation d’une prophétie avec « un être vêtu d’un bleu plus profond que le sang des Ômus » , complots politiques avec Kushana, son père et ses frères,  sensibilisation à la nature, conflits entre empires en guerre, etc…

Nausicäa de la vallée du vent véhicule des messages chers à son auteur, mais aussi au peuple japonais tout entier. Le shintoïsme, la religion la plus ancienne du Japon, voue un profond respect à la nature et à tous les êtres vivants qui peuplent notre monde. Les Japonais sont en effet très croyants concernant la vie éternelle et ils pensent que leurs ancêtres pourraient être réincarnés en insecte. Cette osmose avec la nature est enseignée dès l’école maternelle aux enfants japonais. Dans l’œuvre d’Hayao Miyazaki, les enfants devaient être beaucoup moins sages parce que la nature s’est sacrément vengée… La forêt et les insectes font donc ici la loi, bafoués par la velléité de l’Homme. Contraint de survivre avec elle, Miyazaki nous rappelle que l’engrais de notre planète devrait être préservé et non épuisé à tout va.

 

 

Mais la communion avec la nature n’est pas la seule chose que veut transmettre le mangaka.  Il faut aussi comprendre que la nature est avant toute chose imprévisible. Elle est sauvage et l’homme n’en est pas le maître. Ce rappel à l’ordre est précisé lors d’une interview de Miyazaki qui, de son point de vue, pense que l’homme est un être prétentieux. L’état du monde dépeint dans Nausicäa de la vallée du vent est donc aussi la conséquence de la condescendance de l’homme à son égard.

Dernier grand message à relever, l’unification des peuples.  Vu comme une déesse par les maîtres vers ou comme un messager par les autres peuples, les qualités humaines de l’héroïne liguent les différentes tribus du monde vers un seul et même but. Chose impossible à l’habituel, car chaque clan est bien trop ancré dans ses rancœurs passées, ou dans ses coutumes. Coutumes qui les ferment aux autres, rancœur qui emplit de haine. Tout ceci n’est pas sans rappeler la division que cause la religion dans le monde. Le manga est à prendre comme un excellent divertissement mais aussi comme une œuvre engagée humainement et écologiquement.

De la première page à la dernière page, le tour de force de Miyazaki est de créer un seinen au rythme constant. Le rôle de messie incarné par Nausicäa se fait de façon crescendo et authentique. Ce sont ses rencontres avec la galerie de personnages conséquentes (les plus intéressants étant Kushana, le prêtre Dork et le garçon de la forêt Selm) qui font le sel de l’œuvre qui suit le cheminement d’un monomythe.

 

 

 

Nausicäa est une héroïne atypique, à laquelle il est difficile de s’identifier. Miyazaki a choisi pour personnage principal une femme, car d’après son interview du Young Magazine, seule une femme pouvait posséder les qualités qu’il décrit. Nausicäa est une altruiste, qui aime à la fois l’Homme et la nature. Ses actions sont la plupart du temps pacifique, elle n’aura qu’un seul excès de rage où elle tuera (lors de l’invasion de sa vallée) et regrettera amèrement son geste. C’est une grande épéiste et une excellente manieuse de Gunship grâce à sa connaissance du vent. Elle sait parler à toutes les formes de vie, douce, gentille, cette princesse n’a pour ainsi dire, pas de défauts et est capable de réagir à toutes les situations, où elle fait preuve d’un grand discernement. A l’inverse de ses confrères, Miyazaki ne brosse pas le portrait de grands méchants aux intentions simplement vils, mais des hommes dont la décadence aura fini par les perdre humainement. Nausicäa reste cependant impuissante face à certains événements, comme la guerre.

A ce sujet, Kushana apparaît être l’antonyme même de notre héroïne. Ce sont toutes les deux des princesses, brillantes, l’une est liée à la nature, l’autre à la technologie. Leur relation est l’une des plus intéressantes du récit. L’autre aspect important réside dans le combat subconscient de Nausicäa avec le « néant », ombre qui apparaît vers le milieu du manga et s’oppose à notre héroïne.

 

Nausicäa de la vallée du vent est une œuvre indispensable au fan de Ghibli et de Miyazaki plus particulièrement. Elle une véritable source d’inspiration de la majorité des films du studio. Graphiquement et scénaristiquement très intéressant, le manga presque rafraichissant. Si la fin présage un avenir incertain pour l’humanité, il nous est rappelé que l’espoir d’un lendemain meilleur nait lorsque tous participent à le créer et affrontent les difficultés avec solidarité.

 

Chronos

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